Pourquoi Aircelle mise sur le Maroc?


Par L'economiste, le 10 Mars 2006

- L'Economiste: Pourquoi Aircelle a choisi le Maroc et non la Chine pour y développer cette activité?
- Jean-Claude Lepage: Les atouts du Maroc sont clairs: proximité géographique, proximité culturelle et formation du personnel. Certes, sur ce dernier volet, il y a des efforts à faire mais le cursus des ingénieurs est identique et la langue commune. Par ailleurs, nous avons mis en place des systèmes de transit simples qui fonctionnent. Il ne faut pas oublier que nous fabriquons des pièces lourdes. Pour l'instant, elles ne sont pas très volumineuses. Mais quand l'usine de Casablanca se développera, ces pièces prendront du volume. Le coût du transport est déterminant. Hormis la proximité géographique, la proximité culturelle est primordiale.



- Mais quels sont les atouts compétitifs du Maroc par rapport aux pays qui présentent les mêmes avantages que vous venez de citer?
- Il me semble que le niveau de formation au Maroc est plus complet. En Turquie, en Pologne ou en Russie, se pose par ailleurs le problème de la langue. Tous nos dossiers de fabrication sont en français.
Il faudrait donc les traduire en anglais, voire dans la langue locale, pour éviter les erreurs. De plus, quand une première expérience a atteint ses objectifs, cela incite à en lancer une autre. Au Maroc, le groupe Safran se trouve dans une dynamique vertueuse grâce au succès des deux joint-ventures avec la RAM, qui concernent l'entretien des réacteurs et le câblage aéronautique. Quand le groupe Safran a cherché des possibilités d'extension à l'international, le Maroc était bien positionné. Normal, un succès consolide la confiance dans le pays. C'est cette confiance qui nous incite à continuer.

- Hormis la relation de confiance, quels sont les autres critères objectifs?
- Notre premier critère est la vitesse. Le pays qui nous offrait la possibilité de répondre le plus rapidement possible à notre besoin d'expansion a été le Maroc. Parce que nous avons une bonne connaissance de l'environnement et que le niveau des techniciens y est satisfaisant. Le changement est palpable. On trouve aujourd'hui des équipes locales capables de travailler en symbiose avec les équipes d'Aircelle, car elles ont la même culture technique et industrielle et une maîtrise du process et de la qualité. Aujourd'hui, ces équipes fonctionnent en harmonie, en phase avec les exigences du groupe. Cet atout permet de faire aboutir rapidement les dossiers.
L'industrie aéronautique est par nature globalisée. Il faut donc aller très vite, sinon, on disparaît. Grâce à cette relation de confiance que l'on est en train de construire, le Maroc est capable de répondre très vite aux exigences de groupes mondiaux comme Safran et Aircelle.

- L'activité d'Aircelle est en forte croissance. Le site de Casablanca profitera-t-il de ce dynamisme?
- Nous sommes en phase de montée en puissance de l'industrie aéronautique. Le taux de croissance d'Aircelle est de 15 à 20% par an. Selon la capacité d'absorption de la production et du rythme de formation des effectifs, le site de Casablanca pourra profiter de cette croissance. Avec un effectif de 325 techniciens et ingénieurs, Aircelle Maroc peut doubler sa capacité de production. Et la vitesse de croissance ne dépend que de sa capacité de maturation.

- Qu'en est-il de l'effet d'entraînement sur les autres sous-traitants?
- Nous encourageons fortement nos fournisseurs français et européens à nous suivre. C'est le seul moyen de faciliter les relations, de gagner du temps et de comprimer les coûts. Certains ont pris la décision de venir. Il faut qu'il y en ait davantage et qu'ils fassent vite.
La décision leur appartient. Mais ils doivent savoir que s'ils ne suivent pas, le groupe le fera à leur place. Nous apporterons nous-mêmes ces activités.

- Vous ne craignez pas d'aller à contre-courant de la règle d'externalisation adoptée par les grands donneurs d'ordres?
- Il ne faut pas trop suivre la mode. Il faut être efficace et aller vite.


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