Retour des vols habités lunaires : succès d'Artemis II avec Boeing et Airbus


Par Aeronautique.ma, le 5 Avril 2026


Ph. Boeing
Le décollage réussi d’Artemis II marque le retour de vols habités vers la Lune après plus de cinquante ans. Boeing et Airbus jouent un rôle central dans l’architecture du système spatial. Le lanceur lourd américain SLS et le vaisseau Orion, dotés d’un étage central conçu par Boeing et d’un module de service fourni par Airbus pour l’ESA, illustrent une coopération industrielle transatlantique d’une ampleur inédite pour l’exploration habitée.

Artemis II a quitté le Kennedy Space Center, emportant les astronautes Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et le Canadien Jeremy Hansen pour un voyage de dix jours autour de la Lune, à bord du vaisseau Orion « Integrity ». Huit minutes et demie après le décollage, l’étage central du Space Launch System a achevé sa mission et s’est séparé de l’étage supérieur, permettant à Orion de poursuivre sa trajectoire vers l’espace profond.

Le core stage du SLS, qui s’élève à 212 pieds (65 mètres), abrite deux réservoirs cryogéniques de 196 000 gallons d’oxygène liquide et 537 000 gallons d’hydrogène liquide. Ces réservoirs sont reliés par une section intertank, coiffés d’un « forward skirt » et d’une section moteur recevant quatre RS‑25 délivrant 2,2 millions de livres de poussée. Construit par Boeing à l’usine Michoud de la NASA près de La Nouvelle‑Orléans, à partir de composants d’un réseau de sous‑traitants de plus de 38 États, cet étage a enchaîné les séquences critiques de la mission : remplissage des réservoirs, mise en pression, mise à feu, pilotage vectoriel de poussée, extinction et séparation. Après ce lancement, Boeing poursuit la production des prochains étages pour les missions Artemis III à V, qui doivent ramener les astronautes sur la Lune.
 

Ill. Airbus
Du côté d’Airbus, le succès d’Artemis II constitue une validation en conditions réelles du module de service européen (ESM) d’Orion. L’ESM, conçu par Airbus pour l’ESA, fournit propulsion, électricité, air, eau et régulation thermique à la capsule habitée pour un voyage au-delà de 400 000 km de la Terre. Dès la séparation avec le SLS, le module déploie ses quatre grandes ailes solaires – fabriquées par Airbus Netherlands – qui assurent l’alimentation et la recharge des batteries, essentielles lors des périodes d’ombre et derrière la face cachée de la Lune.

La mission Artemis II est une démonstration complexe des capacités d’Orion pour préparer les rendez-vous et amarrages d’Artemis III et des alunissages ultérieurs. Après plusieurs orbites autour de la Terre et une phase de pilotage manuel autour de l’étage supérieur ICPS – exercice pour qualifier les futurs rendez-vous avec des atterrisseurs lunaires comme Starship ou Blue Moon – l’ESM effectue un allumage majeur pour injecter le vaisseau sur une trajectoire de survol lunaire, puis des corrections de trajectoire pendant quatre jours. Le sixième jour, l’équipage réalise un survol de la Lune à une distance inégalée depuis l’ère Apollo, avant le retour sur une trajectoire de « free-return » exploitant la mécanique orbitale du système Terre-Lune pour limiter la consommation de propergol.

Les derniers jours de vol sont consacrés à la préparation de la rentrée atmosphérique et à des expériences de sécurité et de médecine spatiale. Parmi ces expériences, il y a un exercice de « storm shelter » pour simuler la protection de l’équipage en cas d’éruption solaire majeure. Pendant cet exercice, le module de service filtre l’air et maintient la température dans un volume confiné.

Le dixième jour, l’ESM se sépare de la capsule habitée et se consume dans l’atmosphère. Ensuite, Orion affronte des températures supérieures à 2 500 °C avant de déployer ses parachutes et d’amerrir dans le Pacifique, où l’équipage est récupéré. Au-delà du succès technique, Artemis II confirme la place de l’industrie européenne et d’Airbus comme partenaire clé du programme Artemis aux côtés de Boeing.

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