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Météorite géante au Maroc


Par lefigaro.fr, le 5 Août 2006



Météorite géante au Maroc
La chute de ce gros caillou aurait provoqué une extinction massive de la faune marine il y a 380 millions d'année

Et un de plus! Des géologues américains et marocains viennent demontrer que la Terre a été percutée par un gros caillou tombé du cielil y a 380 millions d'années, au beau milieu du dévonien (1). Et que cecataclysme coïncide avec la disparition d'au moins 40% des espècesd'animaux marins qui peuplaient les océans à cette période reculée del'ère primaire.

Depuis qu'ils fouillent les archives géologiques de notre planète, lesscientifiques ont recensé pas moins de 150 impacts de bolidesextra-terrestres (météorites, comètes) de grandes dimensions. Le pluscélèbre d'entre eux est sans conteste la météorite du Yucatan (Mexique)suspectée d'avoir provoqué, il y a 65 millions d'années, à la limitecrétacé-tertiaire (C/T), l'une des plus importantes hécatombes del'histoire de la Terre, avec notamment l'extinction des dinosaures etdes ammonites.

Même cause, mêmes effets? En procédant à une analyse magnétique desroches du Jebel Mech Irdane dans le somptueux désert de l'Anti-Atlasmarocain, l'équipe dirigée par Brooks Ellwood, de l'université del'État de Louisiane, à Bâton-Rouge (États-Unis), a eu la surprise dedécouvrir, dans une couche datant du dévonien, les preuves matériellesindiscutables d'un impact météoritique.

Certes, les chercheurs n'ont pas trouvé de cratère circulaire biendélimité, comme ceux que l'on peut admirer à la surface de la Lune oude Mars. Sur Terre, la dérive des continents et l'érosion ont tôt faitd'effacer ou d'ensevelir sous des monceaux de sédiments l'empreinte deces catastrophes cosmiques. Mais il en subsiste tout de même quelquestraces ténues que les géologues savent aujourd'hui parfaitementinterpréter.

A Mech Irdane, Brooks Ellwood et ses collègues ont retrouvé à la limiteentre l'eifélien et le givetien (E/G), deux étages biostratigraphiquesdatant du milieu du dévonien (- 380 millions d'années), des quantitésimportantes de «quartz choqués» et de microsphérules (cristauxd'origine métamorphique générés par l'impact d'une météorite), desconcentrations très élevées de nickel, de chrome, d'arsenic, de cobaltet de vanadium suggérant, par le fait même, une origine extraterrestreet enfin une forte baisse de la proportion d'un isotope du carbone, leC13. Ce paramètre est le signe d'une perturbation de l'activitébiologique, probablement attribuable à la chute de la météorite.

Justement, il est établi qu'une extinction de masse, autrement dit ladisparition soudaine d'un grand nombre d'espèces vivantes, s'estproduite entre l'eifélien et le givetien. Baptisée Kacak-Otomari, dunom d'une formation géologique tchèque, cette hécatombe s'est traduitepar la disparition de 40% des espèces animales marines.
La coïncidence presque parfaite entre les deux événements etl'abondance des indices matériels retrouvés à Mech Irdane suggèrent unerelation de cause à effet entre impact météoritique et extinctionfaunistique.

«L'étape suivante consistera à rechercher ailleurs, sur d'autres sitesde la même époque, d'éventuelles traces de l'impact afin de vérifierqu'il ne s'agit pas d'un phénomène localisé, souligne Jean-Luc Barrat,géologue à l'université d'Angers. Ensuite, il faudra rechercher lecratère ou, à tout le moins, localiser la zone où la météorite s'estécrasée.»
D'ores et déjà, cette découverte apporte de l'eau au moulin des«catastrophistes» dans l'âpre débat qui les oppose depuis plus de vingtans aux «gradualistes». Alors que les premiers considèrent que lescataclysmes et les extinctions de masse qu'ils provoquent jouent unrôle déterminant dans l'évolution des espèces vivantes, les secondsestiment au contraire que leur impact est limité par rapport aux canonsdarwiniens de la sélection du plus apte.

Mais les catastrophistes ne sont pas non plus d'accord entre eux ets'étripent sur le choix du «tueur»: certains, comme Vincent Courtillot,de l'Institut de physique du globe à Paris, mettent en avant leséruptions volcaniques, d'autres, comme Eric Buffetaut, paléontologue auCNRS, considèrent que les météorites sont les plus dévastatrices. «Ilfaut étudier une à une toutes les extinctions de masse survenues depuisl'apparition de la vie sur Terre, avec la même précision que celle dela limite C/T, il y a soixante-cinq millions d'années, explique cedernier. C'est en accumulant les indices matériels qu'on y verra plusclair.»

Mots clés : espace, maroc